L’insulte, un échec de communication

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Les récents incidents (rixes) dans les aéroports et les plages ont remis la question de la violence verbale et physique au goût du jour. Au regard de ma fâcheuse tendance à réfléchir sur tout et sur rien, allant de la matière noire à la sexualité des escargots, c’est tout naturellement que les réflexions sur la violence se sont bousculées dans ma tête.

Sans vouloir prendre le risque d’affirmer que chacun a déjà été insulté au moins une fois dans sa vie, ne sait-on jamais, je préfère nuancer en avançant que chacun connait dans son entourage au moins une personne qui a déjà fait l’objet d’insultes.

L’insulte est cette parole offensante proférée dans le but assumé de blesser l’autre. Certaines personnes en sont véritablement offensées. D’autres le sont beaucoup moins et parfois pas du tout. Pour ma part, je reste généralement impassible devant une insulte. Au contraire, je plains ces personnes qui insultent, car je considère cet acte comme un échec, un échec de communication avec soi et avec l’autre.

  • Insulter c’est échouer dans la communication avec l’autre ; c’est manquer à son devoir d’écoute, d’observation et d’attention. Frapper, vociférer et insulter c’est renoncer à la communication ; c’est échouer volontairement, même si on veut s’en convaincre du contraire en pointant du doigt les pulsions.
  • Insulter c’est échouer dans la communication avec soi, dans le dialogue avec ses instances psychiques : le ça, le moi et le surmoi. L’humain est un primate, c’est un fait. Mais il est un primate différent en ceci qu’il est doté d’une extraordinaire intelligence, d’une raison, et d’une capacité à conceptualiser les choses complexes ainsi qu’à se projeter dans l’avenir. Outres ces multiples qualités l’humain a su développer une grande diversité de codes et de moyens de communication. Insulter et user de la violence sur l’autre reviennent en quelque sorte à balayer d’un revers de la main tous ces éléments qui nous différencient des animaux sauvages.
  • L’insulte et la violence montrent la faiblesse et l’échec de leur auteur qui, n’ayant pas pu et su communiquer, a fui au fond de lui pour céder la place au primitif, au bestial, au sauvage et au barbare. Alors qui est le plus à plaindre ? L’auteur de l’insulte ou la personne insultée ?

À rebours d’une (pseudo) leçon de morale, ce propos, qui n’engage que son auteur n’est qu’une réflexion personnelle sur les processus à l’œuvre dans l’exercice de la violence, verbale ou physique.

La violence physique ou verbale gratuite est un échec de communication, avec soi et avec l’autre.

Franck

Échec et mat

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C’est avec des larmes plein les yeux que je rédige ce témoignage.

J’ai passé il y a quelques temps des épreuves (physiques et écrites) pour un recrutement dans une instance de secours. C’était la deuxième fois que tente cette expérience. Il faut dire que j’étais si motivée et déterminée que la première fois n’a pas suffi à broyer cet état d’esprit. La première fois, j’ai réussi les tests écrits avec brio, et échoué 1 seul test physique sur 10. J’ai été complètement anéantie lorsque les examinateurs m’ont gentiment dit que je ne correspondais pas à leurs attentes. Le pire était de voir des personnes qui n’ont même atteint mes scores (écrits et physiques) recrutées sous le motif d’une plus grande motivation. Pire encore, ils m’ont annoncé cette décision avec un large sourire (peut-être moqueur) et sont allés jusqu’à me proposer de rester diner et s’amuser avec eux (le staff + candidats retenus). C’était au-dessus de mes forces. J’ai poliment décliné leur offre et préféré rentrer chez moi, à pieds, 10km en pleurs. Ce moment de marche exutoire a apaisé mon âme. Après une nuit de sommeil plus ou moins réussie, j’ai pris la décision de m’entrainer, de redoubler d’efforts et de refaire une tentative l’année suivante.

Je me suis en effet acharnée au travail; et quelques mois plus tard, je me présentai à la session de recrutement. Quelle ne fut pas leur surprise de me voir arriver, et quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’ils me reconnaissaient. Un détail m’a cependant laissée perplexe : leurs sourires narquois plus ou moins accompagnés de regards furtifs vers moi. Mais je n’avais point le temps de m’y attarder. Les épreuves physiques débutaient. J’ai néanmoins eu droit au passage à quelques blagues sur ma deuxième tentative… Cette fois encore, je fus la meilleure, et de loin, dans les épreuves écrites. J’ai réussi les 10 épreuves physiques. Mais après avoir passé la dernière, celle qui m’a valu l’échec à la session précédente, ils ont quand même trouvé à redire sur ma performance, arguant que c’était avec trop d’efforts. Mais je l’ai réussie !

La suite relève de l’inimaginable. Tout d’abord, avant les résultats (donnés une heure après la fin des épreuves), un second détail m’a lassée plus que perplexe, troublée. Dans les vestiaires, une des deux jeunes femmes faisant parti du staff des examinateurs (12) me demande si c’est bien moi qui reviens pour une seconde fois. Ce à quoi je réponds oui. Elle  souri et me dit en sortant que l’ancien dirigeant ne voulait pas des personnes de mon profil (culturel et académique). Sur le coup je n’ai pas compris où elle voulait en venir… Quelques minutes plus tard, le signal retentit et nous sommes invités à nous rassembler pour les résultats. Et là, ils m’annoncent que je ne réponds toujours pas à leurs attentes ! Ce fut un choc, un électrochoc. Comme si la foudre ne frappait que moi, au milieu de centaines de personnes agglutinées. Comme si un chirurgien cardiaque m’avais poignardée en plein cœur. Comme si le dentiste m’avait extrait une dent sans anesthésie. J’étais sans voix ; à la fois en colère, éberluée, dépassée, déçue, fatiguée et triste. En rentrant à pied, sous la pluie (je ne m’en suis d’ailleurs aperçue qu’une fois chez moi), je me repassais le film des événements. Je voulais comprendre l’incompréhensible, expliquer l’inexplicable et rationaliser l’irrationnel. Je me suis souvenue des blagues sur ma deuxième tentative, des mots de la jeune femme du staff dans les vestiaires et… tout à coup un détail déterminant m’est revenu. Lors de mon tout premier entretien avant les épreuves, l’adjoint du dirigeant m’avait dit d’un ton blagueur que j’étais « trop diplômée » pour eux, et que cela pouvait engendrer des frustrations (une femme « trop diplômée » dans un milieu à 90% masculin). J’avais immédiatement rétorqué que cette information n’avait pas besoin d’être divulguée et qu’elle pouvait rester secrète. Je croyais donc (à tort) que cette question était résolue.

Finalement, j’en suis arrivée à la conclusion selon laquelle mon « profil culturel », mon bac+++ et peut-être un autre facteur que je ne saisis pas encore m’ont valu cet échec, cette situation. Le fait est que cette décision était basée sur bien d’autres facteurs que mes seules performances physiques. Après tout, cette décision était soumise au pouvoir discrétionnaire des examinateurs. Le pire selon moi, le top du top de la cruauté reste le fait de m’avoir laissée dépenser toute mon énergie pendant plus de 6h et pourtant ils savaient à l’avance que c’était peine perdue. Je n’étais qu’une distraction pour eux…

Cette expérience a eu le mérite de décapiter, de fracasser et d’émietter ma force psychologique.

Contribution anonyme